27.01.2008

Le piège de la célébrité ...

c2fdf3837d0ff78982196a6bdafd17b6.gif

J'ai découvert la voix de Chan Marshall, en 1996, à travers l'album "What would the community think". Je suis tombée sous le charme dès les premiers craquements de sa voix. Et depuis j'en suis amoureuse, c'est pour moi la voix féminine la plus belle au monde. Je me repassais en boucle à l'époque, "nude as the news", sur cassette, donc autant dire que je n'appréciais encore même pas à juste titre, le miel de sa voix. Je n'ai jamais depuis suivi son parcours à la lettre, et pourtant je n'ai jamais raté ses albums, trop indispensables à ma librairie musicale.

Le personnage est étrange, discret, pudique, introverti. Sur scène cela peut vite tourner au cauchemard. On pourra lire qu'elle a pour habitude de saboter ses propres concerts, ne finissant jamais un morceau, étant souvent dans un état d'ivresse avancé. J'ai eu la chance de la voir à la Boule Noire à Paris en 2002 et j'avoue, je n'en garde pas un très bon souvenir. Arrivée sur scène, elle a aussitôt demandé à être dans l'obscurité (il n'y avait qu'une ampoule dans son dos pour l'éclairer) et que le public s'assoit (on était les uns sur les autres c'était pas terrible). On aurait dit un calvaire pour elle ce concert. Elle commençait à chanter, le public enjoué l'encourageait, timide et mal à l'aise elle s'excusait, toussait et arrêtait, s'asseyait à son piano, recommençait, puis s'excusait à nouveau ... bref. Je me souviens encore très bien la fin du concert où elle annonce le dernier moreceau, puis commence à jouer et au bout de 30 secondes, s'excuse et s'en va. On ne l'a jamais revue.

Voilà, ça c'est Chan Marshall. Mais peu importe, la voix est là. Suave, chaude, sucrée, sensuelle avec un grain qui raye légèrement la douceur des mots. C'est comme un café moka, la force du café, le velouté du chocolat, le réconfort du lait et l'onctuosité de la crème fouettée. Homme ou femme, on vous sussurre des mots à l'oreille avec cette voix là, vous succombez direct !!

Dans le même esprit que "the covers record", sorti en 2000, Cat Power (son nom de scène), à travers "Jukebox", rend hommage aux artistes qui l'ont marquée et inspirée. C'est un album de reprises, certes, mais à la façon Melle Marshall. Elle désosse les morceaux, les décompose, et les remet bout à bout à sa façon et avec sa propre interprétation. Ainsi dans "the covers record", le morceau "satisfaction" des Rolling Stones est méconnaissable. Ici c'est Janis Joplin, Franck Sinatra, Bob Dylan et bien d'autres qui passent dans les mains de Cat Power. Mais cet album, bien qu'il soit tout aussi magnifique à écouter, sonne différemment. Cat Power a perdu de son étrange charisme. On sent un album un peu moins inspiré, on passe d'une songwritter ultradouée, pouvant vous faire pleurer avec un accord et un murmure, à une interprète, comme il en existe déjà beaucoup. Lorsque j'ai commencé à voir apparaitre le nom de Cat Power dans la presse féminine, lors de la sortie de "the greatest", j'avais eu peur de ça, peur qu'elle devienne moins underground, plus formatée. Surtout que les chanteuses folk/soul c'est assez à la mode. Même si je trouve quand même "Jukebox" très enivrant grâce à cette voix magnifique, bien qu'un peu trop court, je n'ai pas retrouvé la mélancolie ni l'émotion qui caractérise Cat Power. Je n'ai pas non plus retrouvé la créativité de Miss Marshall. J'attend avec impatience le prochain album plein de nouvelles compos je l'espère ...

Trackbacks

Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://aupaysdenini.hautetfort.com/trackback/1428670

Les commentaires sont fermés.